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Troubles du sommeil : comment retrouver des nuits réparatrices ?

le 26/05/2026

Une nuit sur deux perturbée, une fatigue chronique impossible à expliquer, des réveils répétés… Les troubles du sommeil touchent une part croissante de la population, bien au-delà du simple « mauvais dormeur ». Pour en comprendre les mécanismes, les risques souvent sous-estimés et les solutions disponibles, nous avons rencontré le Dr Davy Hayi-Slayman, médecin anesthésiste et spécialiste du sommeil à l’Hôpital privé de l’Est Lyonnais à Saint-Priest, établissement du groupe Ramsay Santé. Le centre du sommeil, LEA, où il officie aux côtés d’une équipe pluridisciplinaire a ouvert ses portes en 2021 et accueille des patients de tous âges et de toutes conditions.

Les troubles du sommeil : un mal qui touche tout le monde, à tout âge

Dans l’imaginaire collectif, les troubles du sommeil sont l’apanage des personnes âgées, fatigués ou sédentaires. La réalité que le Dr Hayi-Slayman observe en consultation est bien différente. « La population s'est nettement rajeunie, confie-t-il. Il y a dix ans, mes patients avaient 55-60 ans. Aujourd'hui, la moitié d'entre eux ont 30-40 ans. »

Ce rajeunissement tient en partie à une meilleure information : les patients, mais aussi les médecins généralistes et les spécialistes, font désormais plus facilement le lien entre certains symptômes et les troubles du sommeil. Des recommandations récentes préconisent ainsi de dépister les troubles du sommeil chez les femmes enceintes, ou encore après un accident vasculaire cérébral (AVC). Un changement de paradigme qui commence à peine à s'ancrer dans les pratiques médicales. 

Mais le paradoxe reste entier : la majorité des personnes souffrant de troubles du sommeil ne le savent pas, ou ne s'en plaignent pas. Pourquoi ? Parce que le sommeil est, par nature, une expérience intime et difficile à comparer. « Vous connaissez votre propre sommeil depuis toujours, explique le Dr Hayi-Slayman. Pour vous, il est forcément normal. On ne peut pas comparer sa nuit à celle d'un autre. »

Insomnie, apnée, somnolence : des troubles aux visages très différents

En consultation, les motifs sont variés. Certains patients se plaignent directement : difficultés à s'endormir, réveils précoces depuis des années, somnolence chronique ou fatigue qui ne cède pas même après une nuit complète. D'autres patients arrivent envoyés par un autre spécialiste, cardiologue, ophtalmologue, urologue, qui a repéré un signal d'alarme.

Le spécialiste évoque un exemple frappant d’un patient de 24 ans, 60 kilos, informaticien, sans surpoids ni mauvaise hygiène de vie apparente qui se présente chez son ophtalmologue pour une atteinte oculaire inhabituellement sévère. Le bilan tombe : il souffre d’apnée du sommeil sévère. « L'apnée du sommeil, ça n'est pas réservé aux personnes obèses avec une mauvaise hygiène de vie, insiste le médecin. C'est une idée reçue qu'il faut absolument déconstruire. »

Il y a aussi ces patients qui se réveillent trois ou quatre fois par nuit pour aller aux toilettes et pensent avoir un problème de vessie. En réalité, quand le sommeil est de mauvaise qualité, de petites activations cardiaques peuvent survenir et provoquer la sécrétion d'une hormone qui donne envie d'uriner. « Ce n'est pas la vessie qui réveille, c'est le corps qui se réveille et déclenche le besoin. » explique le médecin.

Quand faut-il consulter ? 

Mal dormir ponctuellement, après un deuil, une période de stress intense, un bouleversement de vie, est tout à fait normal. Le corps s'y adapte et retrouve généralement un équilibre au fil des semaines. C'est quand le trouble persiste, qu'il s'installe et se répète, qu'il faut s'alerter.

La règle généralement admise : plus de trois nuits perturbées par semaine pendant plus de trois mois. Mais le Dr Hayi-Slayman est pragmatique : « Dès qu'il y a une plainte chronique de sommeil, de fatigue, de somnolence, il faut faire le point. Même si la réponse n'est pas forcément dramatique, ça mérite qu’un professionnel s’y penche. »

Il met également en garde contre l'attentisme : beaucoup de patients viennent le consulter après vingt ou trente ans de mauvaises nuits, persuadés que « c'est dans leur nature, or les années perdues en mauvaise qualité de sommeil, ne se rattrapent pas. »

Des conséquences bien réelles sur la santé

Les conséquences d'un sommeil chroniquement perturbé sont désormais bien documentées. Elles se retrouvent à plusieurs niveaux : risque accru de diabète, de maladies cardiovasculaires, d'accident vasculaire cérébral, de glaucome, voire de certains cancers hormonaux-dépendants. L'OMS elle-même, ainsi que les sociétés savantes de cardiologie, intègrent aujourd'hui la qualité du sommeil parmi les piliers de la santé - au même titre que l'alimentation ou l'activité physique.

À l'échelle collective, les études médico-économiques montrent que le manque de sommeil augmente significativement les accidents du travail et pèse sur les coûts de santé. 

La prise en charge 

Beaucoup de patients arrivent en consultation avec l'espoir d'un traitement simple. La réalité est plus nuancée. Les médicaments tels que les somnifères à base de benzodiazépines peuvent aider à court terme, mais leur usage prolongé entraîne une accoutumance, une dépendance et, paradoxalement, des effets néfastes sur la mémoire. Une génération entière de patients de 70-80 ans en a fait les frais.

La prise en charge commence par une évaluation médicale approfondie : habitudes de sommeil, hygiène de vie, antécédents médicaux. Elle peut ensuite inclure un enregistrement du sommeil - la polysomnographie - réalisé en clinique avec des capteurs sur le crâne, le nez, la bouche, le thorax et les jambes, afin d'objectiver ce que le patient ressent de manière subjective. Une version plus légère, la polygraphie, peut être réalisée à domicile.

En cas d'apnée du sommeil diagnostiquée, les options sont variées : machine à pression positive continue (CPAP), orthèse d'avancée mandibulaire, chirurgie, ou encore, pour les cas éligibles, un dispositif innovant implanté sous la peau qui stimule électriquement le nerf hypoglosse pour maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant la nuit. Cette technique, comparable à un petit pacemaker, est encore rare en France. L’Hôpital privé de l’Est Lyonnais est le premier établissement privé de la région à la proposer.

Les bonnes habitudes : ce que la science recommande

  • Au-delà des traitements, les piliers d'un bon sommeil sont accessibles à tous :
  • La régularité des horaires de coucher et de lever est fondamentale - même le week-end.
  • L'exposition à la lumière naturelle le matin aide à synchroniser l'horloge biologique - surtout en automne et en hiver.
  • Une activité physique quotidienne, même modérée (30 minutes de marche), améliore nettement la qualité du sommeil.
  • Un repas du soir léger, sans alcool, pris suffisamment tôt avant le coucher.
  • Éviter les siestes de plus de 30 minutes, une longue sieste est souvent le signe que la nuit précédente n'a pas été suffisante, et elle risque de compliquer la nuit suivante.

Enfin, une précision importante : il n'y a pas de nombre d'heures universel. La norme oscille entre 6 et 10 heures selon les individus. Ce qui compte, c'est la qualité du sommeil et l'absence de fatigue au réveil.